On cherche dans le monde entier des alternatives à la suprématie d’une minorité d’Etats

L’ancien ambassadeur de Singapour à l’ONU, Kishore Mahbubani, confiait vers le milieu de son ouvrage «Le Défi asiatique» (Fayard, 2008) des pensées propres à la réflexion. Après avoir parlé brièvement des siècles d’arrogance de l’Occident envers le monde asiatique il en est venu à l’attitude de l’Asie d’aujourd’hui. Il considère que c’est une illusion de croire, en Occident, qu’il suffit d’un nouveau président américain pour que le monde «se mette à nouveau à aimer l’Amérique» et que «cette partie du monde soit à nouveau respectée».

En revanche, il constate que «la manière de voir des plus grands peuples d’Asie – les Chinois, les Indiens, les Musulmans – a changé de manière durable. Alors qu’auparavant, ils avaient adopté les perspectives culturelles occidentales et perçu avec ravissement le monde au travers du regard de l’Occident, leur appréhension du monde aujourd’hui s’éloigne d’autant plus de cet Occident qu’ils prennent conscience de leur propre culture.

On accepte plus la prétention de l’Occident à la suprématie mondiale

Alors même que la traduction allemande du livre de Mahbubani a paru dans une maison d’édition allemande renommée (Propyläen), les responsables politiques et les médias ne montrent aucun intérêt à en prendre en compte les idées principales, et surtout pas ceux qui sont tributaires des Etats-Unis ou d’Israël.

Le reste du monde, donc près de 90% de la population de la planète, ne peut plus le comprendre, mais bien au contraire se rend compte qu’il s’agit d’une nouvelle tentative de la part de l’Occident, avant tout des Etats-Unis et d’Israël, de maintenir leur domination à tout prix.

Cela est d’autant plus inquiétant que le gouvernement actuel d’Israël met tout en œuvre pour développer une tension guerrière envers l’Iran, les préparatifs de guerre dans le pays allant déjà bon train. Les déclarations, comme celles du vice-président du Conseil central des Juifs en Allemagne lors d’une interview accordée au «Deutschlandfunk» le 21 avril, au cours de laquelle il exigeait que l’Iran soit mis au ban des nations, vont au-delà du droit international et de la charte des Nations Unies qui exigent l’égalité de toutes les nations, refusant ainsi toute mise au ban d’un pays membre.

L’Occident et la crise économique mondiale

Le secrétaire général des Nations-Unies a exprimé quelque chose d’important: «La crise économique actuelle, si elle n’est pas traitée raisonnablement, débouchera sur une crise politique avec des remous sociaux.»

C’est ce que prétendent pour l’Allemagne le président de la Fédération allemande des syndicats et la candidate à la présidence de l’Allemagne, Gesine Schwan, après qu’on eût appris que le pays serait particulièrement touché par la crise économique mondiale, que le produit intérieur brut devrait diminuer de 6% en 2009, provoquant un million de chômeurs supplémentaire jusque vers l’automne et que les pertes fiscales devraient atteindre des chiffres allant dans les dizaines de milliards.

Les deux ont été remis à leur place tant par le gouvernement que par les partis gouvernementaux. Spiegel Online annonçait dans son titre du 24 avril: «Les écarts de Schwan présentent un danger pour le SPD.» et «Merkel met en garde contre l’alarmisme». Tout ceci pour donner l’impression qu’on tient les rênes et qu’on s’occupe de tout.

Cependant, quand on se reporte à la campagne de la SPD menée contre la Suisse, on peut en douter. On déclenche des émo­tions, au lieu de rester objectif et d’engager un débat franc sans arrogance.

En fait, les responsables politiques occidentaux et allemands ne sont pas vraiment à la recherche de solutions – ni en ce qui concerne les relations entre les Etats, ni quant à la situation sociale qui s’aggrave – mais font tout pour maintenir des positions de domination caduques, en s’appuyant sur des conceptions dépassées. Cela ne peut que mal finir.

L’avenir des finances et de l’économie mondiales

Du 1er au 3 juin prochain, le président de l’Assemblée générale de l’ONU, Miguel d’Escoto Brockmann, a invité les représentants des Etats membres de l’ONU à une conférence à New York, concernant la crise financière et économique mondiale. Le ton de la déclaration de presse pour cette invitation diffère nettement de ce que nous connaissons en Occident (www.un.org/News/briefings/docs/2009/090414_GA_President.doc.htm ). Il y est précisé que «les Nations Unies et l’Assemblée générale sont les seules instances légitimes habilitées à se préoccuper de la crise». On cite en plus les propos suivants du président de l’Assemblée générale: «Je respecte toutes les minorités, y compris le G8 et le G20; il n’empêche que, si riches soient-elles, elles n’en restent pas moins des minorités».

On peut se demander si le dollar restera la monnaie phare à l’avenir. On peut lire dans la déclaration de presse que: «les Etats-Unis continueront d’actionner la planche à billets, alors que le reste du monde devra absorber la dévaluation de cette monnaie. Finalement, c’est tout de même le reste du monde qui a dû payer les billions de dollars qu’a coûté la guerre en Irak.»

La crise actuelle démontre que «la représentation d’une intelligence particulière des pays riches et développés n’est qu’un leurre.» On exige maintenant «la recherche d’une solution globale, avec la participation de tous.» Il faut se mettre dans la tête que l’économie mondiale future «devra être menée notamment selon les règles d’or de la morale.»



Articles Par : Karl Müller

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